
En Afrique, comme dans de nombreuses régions du monde, la présence des femmes dans le secteur maritime demeure faible.
Selon les données du rapport d’enquête mené en 2021 par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) et la Women’s International Shipping & Trading Association (WISTA International) sur les femmes du secteur maritime, les femmes ne représenteraient que 29% de la main-d’œuvre globale dans le secteur en général et 20% de la main-d’œuvre des autorités maritimes nationales dans les États membres de l’OMI.
Les femmes marins ne représenteraient que 2 % de la main-d’œuvre de l’équipage et se trouvent principalement dans le secteur des croisières, alors que dans les compagnies d’armateurs, elles constituent 34 % de la main-d’œuvre.
Aussi, le rapport révèle que, selon les données recueillies auprès des États membres de l’OMI, les autorités maritimes nationales comptent beaucoup moins de femmes dans les équipes de recherche et de sauvetage (10 % seulement) que de femmes diplomates (33 %) et de personnel de formation (30 %).
Afin de renforcer la participation des femmes dans l’industrie maritime, plusieurs initiatives ont été mises en place par des institutions, organisations et associations.
Le Programme de l’OMI sur les femmes du secteur maritime
L’OMI, par exemple, avait lancé en 1988, un programme en faveur de l’égalité des sexes, connu sous le nom de Programme pour l’intégration des femmes dans le secteur maritime (IWMS), aujourd’hui appelé « Programme sur les femmes du secteur maritime« . Ce programme comprend :
- l’octroi de bourses d’études spécifiquement adressées aux femmes, permettant aux femmes d’accéder plus facilement à des formations techniques de haut niveau dans le secteur maritime des pays en développement ;
- la création d’un environnement dans lequel les femmes sont identifiées et sélectionnées pour des opportunités de développement de carrière dans les administrations maritimes, les ports et les établissements de formation maritime ; et
- le soutien pour la mise en place d’associations professionnelles de femmes du secteur maritime, en particulier dans les pays en développement.
Les associations de femmes dans le secteur maritime en Afrique

Sous l’égide de l’OMI, quatre (4) associations de femmes du secteur maritime (WIMAs) ont été créées en Afrique. On note :
WIMOWCA, l’Association des femmes du secteur maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, (https://www.wimowca.org/index.html) créée en juillet 2021, au Ghana dans le cadre de la stratégie de l’OMI visant à améliorer la contribution des femmes en tant que parties prenantes clés du secteur maritime.
AWIMA, Association des femmes arabes du secteur maritime, fondée le 19 octobre 2017, en Égypte.
Réseau des Femmes Professionnelles Maritimes et Portuaires de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RFPMP-AOC) créé en février 2007 sous les auspices de l’Association de Gestion des Ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC) et de l’OMI et qui se focalise principalement sur le secteur portuaire en Afrique de l’Ouest et du Centre.
WOMESA, l’Association des femmes du secteur maritime de la région de l’Afrique de l’Est et Australe, (https://womesa.org/) lancée en décembre 2007, à Mombasa, au Kenya, dans le cadre du programme de l’OMI sur l’intégration des femmes dans le secteur maritime (IWMS).
Outre celle créée sous l’égide de l’OMI, on note l’existence du WIMAFRICA, l’Association des femmes du secteur maritime en Afrique, (https://wimafrica.net/) fondée en 2015 à Addis-Abeba par Son Excellence Dr Nkosazana DLAMINI ZUMA, alors Présidente de la Commission de l’Union africaine (CUA).
Cette organisation à but non lucratif, conçue pour répondre à l’appel de l’égalité des sexes, de l’autonomisation des femmes ainsi que pour établir une coopération de développement de l’entrepreneuriat des femmes africaines dans le secteur maritime, est actuellement composée de femmes professionnelles, dirigeantes et entrepreneurs maritimes venant de plus de vingt-deux (22) pays africains tels que le Togo, l’Angola, l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, le Ghana, la République du Niger, la Guinée équatoriale, la République du Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Nigeria, pour n’en citer que quelques-uns.

Le Women’s International Shipping and Trading Association (WISTA International), (https://wistainternational.com/) une organisation internationale de réseautage, fondée en 1974, dont la mission est d’attirer et de soutenir les femmes à des postes de gestion, dans les secteurs maritime, commercial et logistique, n’est pas restée de marbre.
Elle est d’ailleurs la première à avoir installé sur le continent africain en 1994, une Association Nationale WISTA au Nigéria, communément appelée WISTA Nigeria.
Incluant le WISTA Nigeria, le WISTA International est composé à ce jour de 62 NWA (Associations Nationales WISTA) dont 6 sont basées sur le continent africain (en Angola, au Ghana, au Maroc, au Nigeria, en Afrique du Sud, au Cameroun).
Chronologie de création des Associations de femmes du secteur maritime en Afrique

On note que toutes ces associations poursuivent un objectif commun : promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes africaines dans l’industrie maritime en conformité avec :
- L’ODD 5 : « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles », un des 17 Objectifs de développement durable (ODD) définis par l’Agenda 2030 des Nations Unies ; et
- L’Objectif 17 « Égalité complète entre les hommes et les femmes dans toutes les sphères de la vie » de l’Aspiration 6 « Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, qui s’appuie sur le potentiel de ses populations, notamment celles des femmes et des jeunes, qui se soucie du bien-être des enfants. » de l’agenda 2063 de la CUA.
La formation
L’OMI via son Programme sur les femmes du secteur maritime, octroie des bourses d’études pour des formations destinées spécialement aux femmes dans les établissements suivants :
- La World Maritime University (WMU), à Malmö, en Suède ;
- L’IMO International Maritime Law Institute (IMLI), à La Valette, à Malte.
Aussi, parmi les bourses d’études destinées spécialement aux femmes, on note :
- Des cours offerts en partenariat avec la World Maritime University (WMU), visant le renforcement des compétences et l’autonomisation des femmes dans le secteur maritime ; et
- Des cours offerts en partenariat avec l’Association Internationale de Signalisation Maritime (AISM), « IALA World-Wide Academy », en France. Pour plus d’informations sur les bourses destinées spécialement aux femmes, cliquez ici.
Hormis les actions de l’OMI, on note aussi que les associations de femmes dans le secteur maritime en Afrique octroient également à leurs membres des bourses, en partenariat ou non, avec d’autres institutions. A titre d‘exemple, le Projet EnMAR (Enhanced Maritime Action in the Gulf of Guinea), partenaire du Réseau des Femmes Professionnelles Maritimes et Portuaires de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RFPMP-AOC), a financé un master en droit et sécurité des affaires maritimes à l’une des femmes de ce réseau.
Le Mentorat
Le mentorat joue un rôle fondamental dans l’accompagnement et le développement personnel et professionnel des femmes du secteur maritime en Afrique, en leur offrant des opportunités d’apprentissage, de réseautage, de conseils et de soutien personnalisé. Dans cette perspective, de nombreuses organisations s’engagent à mentorer des femmes. Parmi elles, Maritime EmpowerHer, basée en Afrique du Sud, organise gratuitement des sessions de mentorat pour les jeunes femmes dans le secteur maritime sud-africain.
Blue Women Africa, une initiative pour amplifier la voix des femmes
Lancée en mai 2024, Blue Women Africa est une initiative créée dans le but d’être le porte-voix des projets destinés aux femmes et des associations féminines du secteur de l’économie bleue.
Son objectif est :
- d’amplifier les actions en les rendant plus visibles à travers son site internet www.bluewomenafrica.com, son magazine et ses réseaux sociaux ; et
- d’accompagner les diverses institutions et associations dans leurs efforts pour l’autonomisation des femmes africaines dans l’économie bleue.
Aussi, elle se veut être la plateforme de toutes les femmes travaillant ou voulant travailler dans le secteur, en leur fournissant des informations clés pour mieux comprendre le secteur et prendre des décisions judicieuses.
Depuis l’initiative de l’OMI en 1988, plusieurs associations et projets ont été lancés pour promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes africaines dans le secteur maritime. Malgré ces efforts, les chiffres de la représentativité des femmes dans ce secteur révèlent l’ampleur du travail qui reste à accomplir pour atteindre leur autonomisation.
Il est donc essentiel de multiplier les campagnes de sensibilisation afin d’attirer davantage de femmes dans le secteur, d’accroître les opportunités de formation pour renforcer leurs compétences et d’intensifier les programmes de mentorat pour rêver voir plus de femmes à des postes décisionnels dans le secteur.
Par Pascaline Odoubourou,
Spécialiste en Intégration et
Promotion du Genre en Economie Bleue,
Co-fondatrice de Blue Women Africa
Références :
https://www.imo.org/fr/OurWork/TechnicalCooperation/Pages/IMOFellowships.aspx
https://www.imo.org/fr/OurWork/TechnicalCooperation/Pages/WomenInMaritime.aspx
https://www.imo.org/fr/OurWork/TechnicalCooperation/Pages/Women-in-Maritime-Training.aspx